La mise en place puis le développement du réseau Internet depuis le milieu des année 1990 a donné naissance à un nouveau type de délinquance en col blanc. Les cyberattaques reposent sur des intrusions non autorisées dans les systèmes informatiques d’utilisateurs privés ou publics : piratage des données, usurpation d’identité, deepfakes, introduction de logiciels malveillants, attaques par phishing…
Pour toute organisation, une paralysie de ses systèmes d’information peut avoir des conséquences financières très importantes notamment s’il est nécessaire de les reconstruire à zéro ou si elle doit payer une rançon à des hackers. Les technologies numériques permettent l’expression de nouveaux crimes et constituent des instruments de la performance criminelle. Aucune entreprise n’est à l’abri d’un risque de piratage de ses données informatiques et aucun système de protection n’est infaillible.
Ainsi en dépit de sa puissance financière (une des premières capitalisations mondiales), l’entreprise Meta (Facebook) a du mal à protéger les données personnelles de ses utilisateurs. La cybercriminalité organisée a atteint un niveau de prédation sans précédent. Elle a changé d’échelle et elle touche désormais toutes sortes d’organisations : ministères, mairies, banques, plateformes pétrolières, entreprises industrielles, services d’embarquement des passagers aériens, hôpitaux et même des écoles et des universités. Elle peut revêtir diverses facettes : introduction de logiciels malveillants dans les infrastructures de cloud, piratage de comptes, vol de données…
En France, la situation est préoccupante, nombre d’institutions publiques, d’usines, d’entreprises, de chaînes logistiques… restent insuffisamment protégées même si les pouvoirs publics ont sensiblement augmenté le budget de l’Agence nationale de sécurité des services informatiques (ANSSI). Nombre de cyberattaques sont déclenchées par des organisations criminelles ou délinquantes, plus ou moins isolées, plus ou moins structurées, d’autres sont d’origine étatique et ont pour objectif d’accéder à des informations industrielles confidentielles et de tester les systèmes de défense. Les entreprises sont confrontées aux risques induits par une digitalisation accrue des entreprises et des institutions dans un monde ouvert. La montée en puissance du télétravail, le basculement en ligne des formations et des achats ont accru le risque de cyberattaque du fait de l’accroissement de la surface d’exposition (des données sensibles, voire critiques, sortent du cadre protecteur de l’entreprise et se retrouvent stockées dans les ordinateurs des collaborateurs, des clients ou des fournisseurs).
Combattre la cybercriminalité
Un cybercrime est un délit pénal qui est commis sur ou au moyen d’un système informatique généralement connecté à un réseau.
La cybercriminalité est devenue la hantise des entreprises car leur activité dépend de plus en plus du numérique. Pour lutter contre la cybercriminalité, il faut disposer de moyens humains (équipes d’informaticiens) et techniques (logiciels anti-virus, outils de détections des intrusions, sauvegarde des données sur des serveurs externes…). Des campagnes d’information et de sensibilisation doivent être régulièrement organisées à destination des collaborateurs (ingénierie sociale) car la psyché humaine reste le maillon faible de tout système de sécurité. En effet, la principale faille des systèmes informatiques repose sur le comportement des êtres humains, sur leur rationalité limitée (Herbert Simon, 1955) et sur leurs biais cognitifs.
Par ailleurs, il est possible de recourir à des prestataires spécialisés dans la cybersécurité, la protection des réseaux et des infrastructures virtuelles (ces professionnels assurent un service de veille, de détection, d’alerte et de réaction face aux attaques informatiques) et de s’assurer contre un risque de pertes d’exploitation lié à une cyberattaque. Les entreprises d’assurance (Verlingue, AON, Stoïk, Smacl…) couvrent les cyber attaques en mutualisant les risques de leurs clients (ce type d’assurance n’est pas obligatoire et de nombreuses « petites et moyennes entreprises « n’ont aucune couverture). La principale fragilité de nos sociétés post-industrielles repose désormais sur la friabilité des structures informatiques ; l’avènement d’une « crise du Grand soir » (paralysie de tous les ordinateurs en même temps) n’est pas qu’une hypothèse de travail. Personne ne peut exclure un scénario cataclysmique.
Les virus informatiques peuvent causer des dégâts aussi importants que les virus biologiques, malheureusement des cyberattaques sur des centrales nucléaires, sur les réseaux de distribution d’électricité ou des centres de missiles balistiques pourraient demain nous conduire vers de nouvelles catastrophes, voire à des conflits militaires provoqués par erreur ou par malveillance. Nous sommes loin des utopies qui ont présidé à la naissance du réseau Internet (le Web comme espace de liberté et de gratuité, accès pour tous aux connaissances), l’enfer – on le sait – est pavé de bonnes intentions.
Frédéric TEULON, directeur de la Recherche PEM Education
Lectures
P. Baumard, « La cybercriminalité : historique et régulation »,
Revue Française de criminologie et de Droit pénal, Vol. 3, 2014.
S. Ghernaouti, Cybercriminalité. Comprendre, prévenir, réagir, Dunod, 2023.
E. Hoorickx, « Les États, acteurs clés de la cyber-stratégie euroatlantique »,
Revue Défense Nationale, vol. 818, n o 3, pp. 93–98, 2019.
H. Simon, « A Behavioral Model of Rational Choice », Quarterly Journal of Economics, vol. 69, pp. 99-118, 1955